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    Les pionnières et témoins du passé REDOG

    Urs Ochsenbein

    «Sans Urs Ochsenbein, la SSCC et, plus tard, REDOG n’auraient jamais existé.» Ceux qui ont fait sa connaissance parlent de lui, d’UO, avec beaucoup de respect et un brin d’admiration. Voire même un peu de crainte. Il était en effet capable de dire, lors de la première rencontre déjà: Avec ce chien, tu ne parviendras jamais à être engagé dans la recherche en cas de catastrophe. Ou le contraire. Il pouvait avoir un ton assez grossier, se mêlait de tout. Mais, au final, il avait toujours raison.

    Urs Ochsenbein était l’un des plus grands connaisseurs de la relation et de la communication entre l’être humain et le chien. Il était publiciste et photographe. Si l’on effectue une recherche dans les catalogues de publications, on tombe sur une longue série de titres considérés comme ouvrages de référence. Sur les races de chiens, sur la formation, sur la détention de chien, pour les jeunes propriétaires de chiens, pour les conductrices et conducteurs de chiens qui sauvent des vies. Que ce soit en avalanche, en décombres ou en surface.

    Vers 1968, un groupe de conducteurs de chiens compétents s’est formé autour de l’auteur et détenteur de chien. Tous se posaient la même question: «Est-il possible de former nos chiens de sport obéissants, performants et sous contrôle, avec un tempérament moyen pour la plupart, de manière à ce qu’ils maîtrisent une recherche dans un terrain de décombres?»

    Et à Urs Ochsenbein d’y répondre immédiatement dans un rapport: «Avec une formation particulièrement sérieuse qui contient en premier lieu une habituation ciblée aux difficultés attendues pour le chien, nous souhaitons essayer d’atteindre cet objectif.»

    L’organisation a été nommée Groupe K Zurich et les premières mesures de marketing ont été lancées. Un profil d’exigences pour le futur «chien cata» (chien de catastrophe) et sa conductrice/son conducteur a été créé et des obstacles ainsi que des formes d’entraînement ont été conçus, construits et définis en quelques mois seulement. Des négociations ont eu lieu avec la SCS, la Société cynologique suisse, et l’armée. Les deux premiers chiens cata ont été engagés en 1969 déjà. Et, en 1971, le Groupe K Zurich a posé les jalons pour la SSCC, la Société suisse de formation de chiens de catastrophe, renommée REDOG plus tard. Urs Ochsenbein est parti en engagement au Frioul et à Bucarest, suite à des tremblements de terre.

    Même âgé, il se consacrait intensément au chien, ami de l’être humain dans la vie de tous les jours. Il a développé le Centre cynologique zurichois et fait de la publicité dans la campagne de sensibilisation zurichoise «Züri Hünd sind Fründ» («Les chiens zurichois sont des amis», n. d. l. t.), pour plus de compréhension et un comportement correct de la part des deux parties: les détentrices et détenteurs de chiens ainsi que les promeneuses et promeneurs sans chien.

    Il a formé des gardiennes et gardiens d’animaux dans des refuges en Allemagne afin qu’ils éduquent les futurs propriétaires en matière de comportement envers les chiens. Objectif atteint: les chiens retournaient moins souvent au refuge. Il était infatigable. Afin que l’œuvre de sa vie soit préservée, son assistante de longue date continue à donner des cours d’éducation canine selon son principe. «Son crédo était moins d’ordres, plus de communication», déclare Esther Rickenbach. «Même s’il se laissait parfois emporter dans sa communication avec les êtres humains». Elle pense que cela n’est pas une contradiction. «Il était en fait comme un chien au caractère fort, qui défiait tous ceux qui étaient autour de lui. Si l’on était prêt à accepter ses défis, il répondait à tous nos besoins.» Un grand merci à Esther Rickenbach pour les informations sur Urs Ochsenbein, après s’être retiré en tant que membre actif chez REDOG.

    Urs Ochsenbein est décédé en mars 2001. La vie de nombreuses personnes a été sauvée grâce à son esprit pionner, ses plans de formation et d’engagement pour les chiens de catastrophe. Son manuel pour l’entraînement de chiens de sauvetage est devenu la base de formation dans nombre de pays.

    Peter Kradolfer

    En Suisse, l’histoire de la recherche de personnes ensevelies a débuté en 1969, avec deux engagements: un éboulement en montagne et l’explosion d’une usine d’explosifs. Peter Kradolfer était présent sur les deux sites avec son Berger allemand Ari. "Je me souviens toujours de cette sale histoire à Dottikon, avec les odeurs intenses", déclare l’homme de 82 ans. La deuxième équipe canine présente lors de ces engagements était composée d’Urs Ochsenbein et de Gary. Tous deux étaient membres actifs du "groupe-K-Zurich" et membres fondateurs de la SSCC, la société suisse pour la formation des chiens de catastrophe.

    Durant ces années-là, Peter Kradolfer vivait à Disentis pour des raisons professionnelles. Ingénieur civil fraîchement diplômé, il travaillait sur le site de construction du barrage Santa Maria Lukmanier. Il a des frissons aujourd’hui encore, lorsqu’il se rappelle à quel point il avait froid aux doigts en installant le théodolite. Ari, chien d’avalanche formé, était à ses côtés. "Le passage de la recherche dans un vaste cône d’avalanche à celle dans un grand tas de décombres n’était en fait pas une grande étape", se souvient-il des débuts de la recherche de personnes ensevelies en Suisse. Aucun document n’était disponible, l’apprentissage avait lieu en pratique. La collaboration avecdes organisations à l’étranger était également inexistante au début. "Nous étions donc des pionniers en quelque sorte."

    Peter Kradolfer, qui était alors capitaine de la troupe de protection aérienne, s’est ardemment engagé pour l’introduction du chien de recherche en cas de catastrophes au sein de l’armée et de la protection civile. Lors d’une séance, il a déclaré, en vidant sa pipe à tabac: "Nous n’avons pas besoin de l’armée, mais l’armée a certes besoin de nous". Il a finalement convaincu ses interlocuteurs d’organiser des cours de répétition pilotes et a lui-même formé d’innombrables conducteurs de chiens militaires de catastrophe. Hormis REDOG, l’armée forme aujourd’hui encore des équipes canines de recherche de personnes ensevelies, équipes qui sont parallèlement membres REDOG.

    Alois Hafner

    Il était là dès le début et l’un des pionniers dans la recherche en surface, appelée «recherche en champs et forêts» à l’époque: Alois Hafner. Le Grison, qui a formé trois chiens en tant que chiens d’avalanche, de police, de recherche de personnes ensevelies et de recherche en surface, a participé à plusieurs engagements à l’étranger. Lors du tremblement de terre à Bucarest en 1977, il a participé, en tant que conducteur de chien, au sauvetage de neuf personnes dégagées vivantes. En tant que chef d’engagement, il a conduit les équipes canines lors du tremblement de terre dans le Nord du Yémen en 1982 et lors de la catastrophe liée à la rupture du barrage au Val de Stava en Italie en 1985.

    Son expérience en tant qu’agent de la police cantonale l’a conduit à trouver une voie permettant d’utiliser le flair du chien pour la recherche de personnes disparues également. «La disparition d’une personne est un événement qui peut se produire tous les jours, à toute heure, n’importe quand. Nous sommes tenus, envers les parents, les partenaires, les enfants, d’examiner en détail toutes les possibilités qui pourraient permettre de retrouver leur proche», décrit-il sa motivation.

    Urs Ochsenbein, chef de la formation, et Reinmar Juchli, chef d’engagement, étaient des membres d’équipe jouant un rôle décisif et de soutien dans le développement et la mise sur pied de la recherche en surface au niveau national. «En tant que trio, nous ne nous entendions pas seulement très bien, mais nous avons également développé, dans un esprit d’équipe constructif, les principaux paramètres pour la formation et l’engagement dans la recherche en surface.» Alois Hafner a publié le «Manuel Recherche en surface» en 1986.

    Ermanno Genasci

    Merci à Paola Poli pour ces souvenirs très personnels d’Ermanno Genasci et pour l’aperçu des premières années de REDOG Ticino.

    1975. Grâce à sa perspicacité, son enthousiasme, sa ténacité et son endurance, un groupe régional est sur le point d’être fondé au Tessin. Ermanno Genasci a rassemblé autour de lui des conductrices et des conducteurs passionnés de chiens, afin de former ces derniers dans la recherche de personnes ensevelies au Sud de la Suisse également. La Suisse a été divisée en régions dès le début au sein de la SSCC; certains groupes régionaux englobaient plusieurs cantons, d’autres un seul, pour des régions géographiques. Il en va de même pour le Tessin, qui couvrait le district Moesa (Calanca, Misox, Roveredo).

    Nous sommes en 1979, lorsque Paola Poli a contacté Ermanno Genasci pour la première fois, dans sa fonction de président régional. "Les disciplines de sport canin purement sportives ne suffisaient pas à mon engouement pour le travail avec les chiens." La jeune conductrice de chien débute sa formation de sauvetage auprès d’Edoardo Cavazzi, "un moniteur formidable et compétent", qui donne des formations dans la région de Lugano, près du domicile de Paola Poli. " A cette époque, nous voyagions nettement moins qu’aujourd’hui pour nous rendre aux entraînements. Ermanno Genasci était responsable de la formation dans la région Sopraceneri."

    Fondateur, président régional, formateur, président central. Ermanno Genasci était un président polyvalent. Il était moniteur dans les décombres et en avalanche. Il était porte-parole envers le public. Il négociait avec les autorités politiques et la police. Et pourtant, Paola Poli le décrit en tant que personne discrète, plutôt réservée. "Jamais il ne se serait mêlé à la formation et aux entraînements de notre 'groupe Sud', tout en suivant nos activités de très près." Il contrôle le niveau des entraînements en organisant par exemple des concours et en s’attendant à des résultats positifs. Si les résultats laissent à désirer, il encourage les conductrices et conducteurs de chiens à persévérer et à s’améliorer. "La critique, si nécessaire, avait sa place", se souvient Paola Poli, "mais toujours avec le sourire."

    La grande aventure de Paola Poli en "cata", la recherche de personnes ensevelies suite à une catastrophe, a commencé avec Ermanno Genasci. La Tessinoise réussit son premier test d’engagement en 1981. Le séisme dévastateur dans la région d’Irpinia, en Italie du Sud, a lieu un mois plus tard. "Ermanno se mettait en quatre pour organiser le départ vers la région sinistrée. Pour des raisons géographiques et linguistiques, il était évident que nous, les Tessinois, nous rendions sur place en premier." L’organisation s’avère compliquée. La communication avec la zone en crise est régulièrement interrompue. Et c’est précisément à ce moment-là que les conditions météorologiques sont extrêmement mauvaises: une épaisse couche de brouillard recouvre la région entre Lugano et Milan, raison pour laquelle les équipes prennent le train au lieu de l’avion. "Durant tout l’engagement, Ermanno s’est chargé de garder le contact avec nos familles. Les téléphones mobiles n’existaient pas encore à l’époque."

    Et quel bonheur de nous revoir! "Je me rappelle encore clairement de son visage rayonnant, rempli de fierté," déclare Paola Poli. Grâce au travail des chiens, la SSCC contribue au dégagement de neuf personnes en vie des décombres. "Un tel résultat récompense tout: le stress, les soucis, les difficultés... et motive à continuer sur cette voie. Vous voyez!", dit Paola Poli, "je suis toujours active dans ce domaine après plus de 40 ans. Egalement grâce à Ermanno: une personne, un ami, un président formidable!"

    Le portrait de Paola Poli peut être lu sur cette page.

     

     

    Georges Pellet

    Georges Pellet appartenait au groupe de conductrices et conducteurs de chiens d’avalanche autour d’Urs Ochsenbein, qui travaillaient à transposer l’action de leurs chiens en recherche dans les décombres. Pendant que des exercices avaient lieu en Suisse allemande, les Genevoises et Genevois ont organisé le premier entraînement sur le terrain de la Protection civile de Bernex. «Nous avons été confrontés à quelques aléas», se souvient Arielle Christe, l’actuelle présidente du groupe régional Genève, «mais ce fut le coup d’envoi pour la fondation du groupe en Suisse romande.»

    Une année après la fondation de la SSCC, ancien nom de REDOG, en 1971, Georges Pellet est membre fondateur du groupe régional Genève, qui représentait, à l’époque, toute la Suisse romande. Il a présidé le groupe régional de 1974 à 1984. Il a participé à l’intervention suite au séisme au Frioul en 1976 avec son Berger Annouk.  Et comme chef d'équipe au Yémen du Nord en 1982. Il a été moniteur et chef d’engagement dans la recherche en décombres et en surface.

    Durant sa présidence, Georges Pellet a créé un climat de bienveillance auprès d’autorités et de fondations envers l’organisation de chiens de sauvetage. Les Genevoises et les Genevois sont les premiers à posséder des appareils radios, qui ont été sponsorisés. La ville de Genève exonère les chiens opérationnels de l’impôt sur les chiens et les assure contre les accidents durant les entraînements. D’autres subventions de la ville et du canton de Genève conduisent le caissier central de REDOG suisse de l’époque à inviter une délégation de REDOG Genève dans le but de recevoir quelques conseils.

    Georges Pellet a permis la création de la première section de „chiens de catastrophe“ à la Protection civile en Suisse et a initié la collaboration avec "montagne Secours", la section de sauvetage du CAS à Genève, essentiellement pour des interventions sur le Mont Salève.

    Otto Aeschbacher

    Otto Aeschbacher, également membre fondateur de 1971 et fidèle membre  jusqu’à son décès. Il a été à la tête du groupe régional Berne Oberland et président de la société suisse SSCC. 

    Un hommage détaillé suivra.

     

     

    Reinmar Juchli

    Outre le grand pionnier Urs Ochsenbein, le chef d’engagement Reinmar Juchli était le «tireur de ficelles, pionnier et facilitateur» technique au sein de la SSCC. Les premiers tests d’engagement pour équipes de chiens de catastrophe à Wangen an der Aare ont eu lieu sous son égide. Le policier, également conducteur de chien de service, a été le premier président et membre fondateur du groupe régional Zurich.

     

    Ewald Keller

    Aux côtés du fondateur de REDOG, Urs Ochsenbein, Ewald Keller formait des conductrices et conducteurs ainsi que leurs chiens, membres du groupe régional Zurich, dans la recherche en décombres. Il a été opérationnel avec ses deux Bouviers de l’Entlebuch, Odle et Faruk, et a également été chef d’engagement. "Lors de l’engagement difficile en Italie du Sud en 1980, Ewald et son Bouvier de l’Entlebuch étaient le calme incarné", se souvient Jeremias Janki. Lorsque la recherche en surface a fait son entrée, Ewald Keller était également actif dans cette discipline: moniteur, expert et chef d’engagement.

    Et à Margrit Keller de décrire son ancien entraîneur: "Ewald était une personne particulièrement serviable qui soutenait énormément les conductrices et conducteurs de chiens. Il était capable de sortir de sa zone de confort lorsqu’il voyait du potentiel en nous ou dans nos chiens. Les entraînements avec lui étaient motivants, car il nous accordait bien plus de confiance que nous en avions en nous-mêmes."

    Cependant, Ewald Keller était également une personne réfléchie, humble et vivant en retrait. "Ceux qu’il autorisait à le tutoyer se sentaient très honorés."

    Ewald Keller était à la tête du groupe régional Zurich de 1977 à 1988 et a soutenu les présidentes et les présidents en tant que vice-président jusqu’en 2000.

    Peter Huwyler

    La place de formation et de test Wangen an der Aare sert de lieu d’entraînement aujourd’hui encore et a été réalisée grâce à l’initiative durable et au soutien de l’adjudant sous-officier Peter Huwyler. Et cela, sans charges financières importantes – comme c’est normalement le cas.

    Heinz Brecht

    A l’époque, soit en 1958, il a été contraint de vendre son vélo pour se procurer les 50 francs nécessaires à l’achat de son premier chien. Arno n’est pas devenu chien de sauvetage: le mâle était très lourd et Heinz Brecht, alors âgé de 14 ans, n’était pas en mesure de l’avoir sous contrôle. Avec Tasso, son troisième Berger allemand, il a suivi, en 1972, les premiers cours que l’armée proposait aux futurs conducteurs de chiens de cata (cata = catastrophe).

    Heinz Brecht a été en engagement pour la première fois lors du tremblement de terre en Roumanie en 1976. C’est là qu’il a réalisé pour la première fois ce que signifie partir en engagement avec le chien et comment les chiens sauvent des êtres humains dans les décombres. «Et même si je n’étais plus jamais parti en engagement par la suite, cet événement s’est gravé dans ma mémoire et je savais que tout le travail des années précédentes en a valu la peine: d’avoir tant travaillé avec le chien, d’avoir sacrifié autant de temps libre, parcouru d’innombrables kilomètres pour nous rendre aux différents terrains d’entraînement. Tout cela en a valu la peine, car une vie humaine a pu être sauvée.»

    Il est à l’origine de l’idée que REDOG, la Rega et les chiens du CAS, engagés en hiver à la montagne, soient également formés et engagés pour la recherche en surface dans les montagnes durant l’été. Et tant que chef de la formation et président de la commission technique, Heinz Brecht a été engagé dans de nombreuses interventions réelles. Il a formé des équipes canines au Mexique, en Californie et en Europe: Allemagne, Belgique, Italie, Autriche, ainsi que l’équipe canine de la police japonaise en Suisse. «La demande internationale était grande et REDOG peut aussi être fier d’avoir formé des conducteurs de chiens pouvant intervenir rapidement dans leur pays en cas de catastrophe.» Cependant, Heinz Brecht considère également cela comme l’une des raisons pour la forte diminution du nombre d’engagements des équipes de recherche en décombres de REDOG à l’étranger durant ces dernières années.

    Fritz Dummermuth

    Lui aussi est un membre de la SSCC/REDOG de la première heure: Fritz Dummermuth. Si les chiens parviennent à flairer des personnes ensevelies sous une avalanche, pourquoi n’en seraient-ils pas capables dans des décombres?

    Le directeur de l’usine de bougies Balthasar à Hochdorf a spontanément construit un petit terrain d’essai derrière l’entreprise. Il a enterré des tuyaux, créant ainsi des cachettes pour les figurantes et les figurants. Il a construit des obstacles pour entraîner le milieu. L’idée de Fritz Dummermuth a convaincu un petit groupe de "cynologues". De nombreux entraînements ont eu lieu et les premiers succès ne se sont pas fait attendre. Le "Groupe de collaborateurs Suisse centrale de la SSCC", ancien nom des groupes régionaux REDOG, en a résulté.

    Les fêtes de Noël du groupe régional Suisse centrale, qu’il organisait dans la cantine de l’usine de bougies, étaient inoubliables, se souvient Bruno Maurer, lui aussi membre d’honneur REDOG: "Durant la fête, la légendaire visite du magasin interne à l’entreprise était une expérience particulièrement appréciée. Nous avons allumé des bougies de Hochdorf dans nos salons durant des années."

    Edi Bucher

    En 1972, il fait partie du groupe fondateur autour d’Urs Ochsenbein, le pionnier de la Suisse orientale: Edi Bucher. La même année, il devient membre fondateur du groupe régional. Avec Peter Kradolfer, Heinz Brecht, Otto Aeschbacher et Urs Ochsenbein, Edi Bucher se trouve en première ligne lorsqu’il s’agit d’introduire la formation de conducteurs de chiens de catastrophe au sein de l’armée. Avec Baras, un grand Bouvier suisse, il participe au premier cours de répétition pilote. Il est formateur des futurs conductrices et conducteurs de chiens militaires jusqu’en 1997. Avec son dernier chien, Iso v. Widenbaum, un Braque allemand à poil dur, Edi Bucher remporte deux fois le «Swiss Open», championnat international des chiens de service, dans la classe «cata» (= chiens de catastrophe).

    Durant 20 ans, Edi Bucher met son savoir et ses contacts à disposition du comité central REDOG. Il est chef «formation» durant six ans. En tant que chef «engagement», il organise deux tests d’engagement par année durant 14 ans. Nombreuses sont les décisions difficiles à prendre avec les chefs d’engagement des groupes régionaux, lorsqu’il s’agit de sélectionner les meilleures équipes canines pour partir en engagement. Il participe à 16 engagements, le premier en tant que conducteur de chien avec Baras en Yougoslavie en 1979. «L’année 1999 est le triste ‹point culminant›». L’année marquée par quatre séismes reste gravée dans la mémoire d’Edi Bucher. Il part en engagement avec la Chaîne suisse de sauvetage, comme chef d’équipe et dans sa fonction de chef «engagement».

    Durant toutes ses années, Edi Bucher travaille avec ses chiens également dans le domaine du sport canin, que ce soit en tant que chien sanitaire, d‘avalanche ou de défense. «La formation polyvalente et variée de mes chiens m’a toujours tenu à cœur.» Cinq de ses chiens ont été engagés chez REDOG, dans la recherche en cas de catastrophe comme dans la recherche en surface. Contrairement à aujourd’hui, il n’était pas rare que les conductrices et conducteurs de chiens soient engagés dans les deux domaines à l’époque. Après la guerre en Bosnie-Herzégovine, Edi Bucher est engagé durant six mois en tant que Security Officer avec son chien Iso dans le quartier général de l’OSCE à Sarajevo. Les expériences qu’Edi Bucher y a faites en matière de mines et d’explosifs l’incitent à former son chien en tant que chien de recherche d’explosifs. Ils sont engagés pour la première fois dans le cadre du WEF.

    Edi Bucher est un formateur très demandé en Suisse comme à l’étranger. Il transmet volontiers ses vastes connaissances à des conductrices et conducteurs de chiens intéressés. Outre de nombreux mandats d’organisations de chiens de sauvetage, Edi Bucher accompagne deux projets de Capacity Building de la DDC: l’équipe de CISAR en Chine est classifiée selon les lignes directrices INSARAG. Diverses restructurations en Inde empêchent la classification de l’équipe indienne.

    Charles Raedersdorf

    Lorsqu’il pense à REDOG, Charles Raedersdorf se voit dans un avion. Il y a un mois, il a repris la fonction de responsable de l’Aide humanitaire et du Corps suisse d’aide en cas de catastrophe (CSA). Dans cette fonction, il est également chef de la Chaîne suisse de sauvetage. C’était en novembre 1988. Peu après l’envol de la machine Swissair en direction de l’Arménie, il se retourne dans la cabine et voit une image qui restera gravée dans sa mémoire: «J’ai vu des museaux de chiens, installés sur les sièges des passagers.»

    Quelques heures plus tard, il les observera en train de rechercher des survivants dans les décombres, accompagnés de leurs conductrices et conducteurs de chiens. Cinq personnes peuvent être sauvées. Aujourd’hui, longtemps retraité, Charles Raedersdorf est toujours autant impressionné et fasciné par le travail des chiens de sauvetage dans les décombres. Impressionné par le travail et la patience nécessaires à la formation et à l’entraînement avec les chiens, rendant de tels sauvetages possibles.

    En 1988, cela faisait déjà huit ans que le Corps suisse d’aide en cas de catastrophe et les équipes de chiens de sauvetage de la SSCC/REDOG fournissaient ensemble de l’aide immédiate après des tremblements de terre. Ce qui débute sous forme de libre coopération en 1980, suite aux séismes en Algérie et en Italie, est institutionnalisé en 1982, avec la fondation de la Chaîne suisse de sauvetage. Arthur Bill a développé l’idée de la chaîne de sauvetage lors d’un engagement en Italie du Sud. En effet, les personnes ensevelies pouvaient certes être localisées, mais n’ont pas pu être sauvées à temps, car les sauveteurs et sauveteuses ainsi que les appareils de sauvetage appropriés n’étaient pas disponibles.

    Charles Raedersdorf s’engagera pour une contribution financière fixe de la Confédération pour la disponibilité et les engagements de REDOG. «Aujourd’hui, REDOG ne serait pas là où cette société se trouve, si les chefs de la chaîne de sauvetage, Charles Raedersdorf, et son successeur, Toni Frisch, ne s’en étaient pas occupés», dit Kilian Schnyder, président central SSCC/REDOG aux côtés de Charles Raedersdorf.

    «Le Corps suisse d’aide en cas de catastrophe apprécie beaucoup que REDOG continue de motiver ses membres et compagnons à quatre pattes, pour pouvoir maintenir le haut niveau et atteindre les objectifs.» Voici ce qu’a écrit Charles Raedersdorf dans une publication à l’occasion du 25ème anniversaire de la SSCC, renommée en REDOG précisément lors de cet anniversaire. Charles Raedersdorf a également été impliqué dans ce changement de nom plus compréhensible au niveau international. «Tous les engagements humanitaires suite à des crises à l’étranger ont contribué au fait que cette excellente organisation de sauvetage soit reconnue dans le monde entier.»

    Il est d’autant plus honorant et réjouissant pour le fan de REDOG Charles Raedersdorf de pouvoir féliciter pour la deuxième fois à l’occasion d’un quart de siècle. «Tout d’abord aux fondateurs, puis à tous ceux avec et sans chien, aux sympathisants, qui se sont engagés avec passion pour REDOG durant ces 50 ans. 50 ans REDOG donne droit à de la fierté, empreinte non pas de prétention, mais de gratitude et d’humilité.» Et il souhaite que les 50 ans de REDOG forment également la base pour atteindre le 100ème anniversaire. «Le succès s’en verrait confirmé et ce serait probablement le plus beau cadeau dans le futur. REDOG doit rester une carte de visite attirant tous les regards, également en tant que membre de la Chaîne suisse de sauvetage, un instrument précieux de la politique étrangère de notre pays.

    Jeremias Janki

    En Suisse et à l’étranger, on le surnomme «Mister Thermique». La thermique et les flux d’air n’ont plus de secret pour Jeremias Janki. En effet, en tant qu’ingénieur dans la branche du chauffage et de la technologie climatique, les flux d’air faisaient partie de son quotidien professionnel. Ces connaissances sont également utiles dans la recherche de personnes disparues.

    Une personne ensevelie ou portée disparue dégage des molécules d’odeur et perd constamment des particules de peau. Ces éléments montent, stagnent ou retombent, selon les conditions climatiques, et le vent les emporte dans sa direction. Les conductrices et conducteurs de chiens sachant évaluer ces flux sont capables d’engager leurs chiens de manière optimale et leur recherche aboutira plus rapidement au succès, dans le meilleur des cas. Il existe différents moyens d’évaluer les flux d’air: du «doigt mouillé» au «tube professionnel de fumée» en passant par l’observation permanente des conditions climatiques.

    Ce savoir nécessite beaucoup d’expérience ainsi que des formations et des perfectionnements spécifiques – en théorie comme en pratique. Dans la formation, des pétards et autres appareils fumigènes sont utilisés pour simuler approximativement des flux d’air à l’extérieur, dans les décombres ou à l’intérieur. C’est l’une des raisons pour lesquelles Jeremias Janki est enveloppé de fumée sur presque toutes les photos. Cependant, la thermique et les flux d’air ne sont pas les seuls facteurs décisifs. «Les lieux de séjour possibles, le moment de la journée et l’expérience dans le terrain et dans les décombres jouent un rôle tout aussi important pour une localisation en temps utile», explique Jeremias Janki. Alors que le chien recherche correctement de manière intuitive, «sans que nous le comprenions forcément toujours.»

    En 1976, Jeremias Janki a intégré la Società Cinofila di Lugano en tant que conducteur de chien de sport. Une année plus tard, il était déjà membre REDOG du groupe régional Tessin et a réussi le test d’engagement avec son premier Berger, Hajko, en 1978. En raison de ses connaissances d’italien, il a été à la tête d’une équipe de chiens de catastrophe en 1980, lors de l’engagement suite au séisme en Italie du Sud. Comme le brouillard empêchait les avions de décoller à Lugano et à Milan, les équipes REDOG se sont rendues à Salerne en train. Elles ont enfin rejoint les villes de Laviano et Santomenna en bus, empruntant des routes parfois détruites. «Il y avait des cercueils et des cadavres partout, on voyait des personnes harassées discuter et des secouristes à bout de force en train de fouiller les décombres raides.» Les images traversent l’esprit de Jeremias Janki. «Des bâtiments démolis menaçaient de s’effondrer lors de chaque réplique sismique.»

    Après cet engagement, les négociations relatives à la fondation de la Chaîne suisse de sauvetage ont repris de plus belle. «Car une localisation sans équipes de sauvetage ne doit plus se reproduire», soulève Jeremias Janki. REDOG fait partie des premiers initiateurs de la Chaîne suisse de sauvetage et est déjà parti en engagement auparavant, avec le Corps suisse d’aide en cas de catastrophes, appelé aujourd’hui Corps suisse d’aide humanitaire (CSA), et la Garde aérienne suisse de sauvetage, soit la Rega.

    «Ermanno Genasci, président central de 1981 bis 1988, plaisantait souvent à l’époque: ‹crois-moi, un jour tu seras président central›», se rappelle Jeremias Janki, le sourire aux lèvres. Il aura eu raison. De sa fonction de président du groupe régional des Grisons, où il a déménagé en 1982, il a directement intégré le comité central, qu’il a ensuite présidé de 2002 à 2011. Ancien commandant bénévole des pompiers, membre de l’autorité exécutive de Davos et conducteur de chien d’avalanche CAS de longue date, Jeremias a créé de nombreuses synergies et une base pour une collaboration avec le CAS et l’OFPP, l’Office fédéral de la protection de la population.

    Jeremias Janki n’a jamais cessé de s’engager pour le développement de REDOG: les groupes stratégiques peuvent compter sur sa grande expérience, puisqu’il a été à la tête de nombreux changements de structures. Avec son savoir-faire en matière de thermique, il est un formateur et un ambassadeur REDOG prisé tant en Suisse qu’à l’étranger. Sur les terrains d’entraînement, les jeunes conductrices et conducteurs de chiens peuvent le bombarder de questions, car Jeremias forme un nouveau chien: la femelle Labrador Dahlia.

    Andréa Engel

    Son nom est-il un présage? Andrea vient du grec et signifie bravoure. La bravoure est définie comme la capacité de s’en tenir à la volonté de réussir dans une situation difficile et entraînant des désavantages, malgré les revers. Cela correspond tout-à-fait à Andréa Engel.

    Quelque chose d’unique est née lors de la fondation de la SSCC. Au-delà des barrières linguistiques, les Suisses allemands et les Suisses romands se sont rencontrés pour le travail national des chiens de sauvetage. De langue maternelle allemande et s’entraînant à Genève, Andréa Engel n’a pas tardé à contribuer grandement à la compréhension entre ces deux langues. Car il n’est pas toujours facile de garantir la cohésion entre les régions linguistiques et les mentalités. Typiquement suisse? Le fédéralisme, tout simplement. Pour Andréa Engel, l’élément le plus marquant chez REDOG était d’essayer constamment de concilier les Romands avec la mentalité de la majorité des membres du reste de la Suisse... «avec plus ou moins de succès», ajoute-t-elle avec un clin d’œil. «Dans tous les cas, REDOG m’a donné la joie et l’accomplissement de m’engager pour le bien des autres dans un groupe de passionnés sur la même longueur d’onde, que ce soit dans un cadre restreint ou plus grand».

    Andréa Engel a adhéré au groupe régional Genève de la SSCC en 1978, s’engageant pour le marketing, en collaboration avec François Rod. Le groupe régional a pu s’appuyer sur de solides bases financières très tôt déjà, grâce aux dons et aux subventions cantonales. Au vu de ses connaissances linguistiques et son talent organisationnel, elle a participé à l’organisation de conférences, s’occupait de la logistique lors de manifestations, encourageait l’échange international d’expériences lors d’entraînements. Elle a toujours été la passerelle linguistique, grâce à ses connaissances de français, d’anglais et d’allemand. Elle a géré le secrétariat de REDOG durant deux ans. Elle a traduit le manuel d’Alois Hafner sur la recherche en surface et écrit le livre „Zusammenspiel von Mensch und Hund“ (La symbiose entre l’humain et le chien, n. d. l. t.). Et, pour terminer: en 2017 encore, elle a soutenu la construction du nouveau site Internet redog.ch et en a traduit tous les textes.

    Andréa Engel a été active avec cinq races de chiens différentes. Avec Yak, son chien de berger, elle a été engagée en 1999 à Izmit en Turquie. «Comme de nombreux autres membres REDOG, durant ma longue carrière, j’ai eu le privilège une seule fois de pouvoir participer à un engagement réel à l’étranger. Toutefois, j’ai souvent trouvé plus difficile d’assister à des engagements à l’étranger de REDOG depuis la maison, pour diverses raisons.“ Avec Louna, sa chienne Epagneul Springer, elle a contribué à la mise en place du travail de chien de recherche de cadavres dans le cadre de REDOG.

    Après son temps actif Andréa Engel a déménagé dans sa ville d’origine, Salzbourg, avec son partenaire Jean-Marc, également actif chez REDOG. Le but n’étant pas d’être moins actif: à la recherche d’une occupation conforme à la race de Louna, très avide de savoir, Andréa Engel a découvert le «travail au dummy», une activité de plus en plus connue en Allemagne et en Autriche pour les nombreuses races de chiens de chasse. Elle s’est engagée pour les intérêts de cette activité sportive relativement nouvelle au sein du Club autrichien de l’Epagneul de chasse. Aujourd’hui, elle est co-responsable de la formation et l’organisation de séminaires d’entraînement et de concours dans cette discipline. Après le décès de Louna, elle s’est lancée dans l’adoption d’un chiot Epagneul springer anglais, malgré son âge avancé, et est en train de préparer ce jeune chien pour les futurs concours au dummy.

    Ruedi Gantenbein

    Les chiens l’accompagnent depuis son plus jeune âge. Ruedi Gantenbein participe au premier concours de sport canin alors qu’il est âgé d’à peine 12 ans. De nombreux concours s’en suivent, également en classe sanitaire. Cependant, la profession et l’armée le contraignent à réduire fortement le sport canin. Il rencontre alors Urs Ochsenbein lors d’une démonstration des chiens de catastrophe au centre de formation de la protection civile à Altstätten. «Nous étions immédiatement sur la même longueur d’onde, même s’il m’a clairement fait comprendre que je n’aurais aucune chance de réussir la formation cata avec mon Dogue allemand.», se souvient Ruedi Gantenbein de sa première rencontre du pionnier REDOG à la fin des années 1970.

    Avec son Schnauzer géant, Voss vom Katzenturm, le Grison s’entraîne à la recherche en surface, discipline mise sur pied durant ces années-là par un groupe autour d’Alois Hafner dans la région des Grisons. Ruedi Gantenbein et son chien réussissent le test d’engagement. Ils partent au seul engagement des chiens de recherche en surface à l’étranger: à la recherche d’un scientifique faisant des recherches sur les loups dans les Abruzzes en 1991. «L’esprit de camaraderie au sein de l’équipe et l’énorme volonté des chiens m’ont beaucoup impressionné. Cela me manquait dans le sport canin.»

    Avec les deux chiens qu’il a eu après Voss, Snob von Bartenwetzer et Bajka vom Katzenturm, Ruedi Gantenbein est également opérationnel dans la recherche en cas de catastrophe. «A l’époque, une formation dans les deux disciplines était encore possible du point de vue du temps nécessaire», dit-il avec un sourire. Mais ce n’est pas tout. Ruedi Gantenbein succède à Heinz Brecht en tant que chef recherche en surface/recherche en montagne et poursuit la collaboration avec le CAS, grâce à ses bons rapports avec le chef de la recherche en avalanche de l’époque. Des semaines d’entraînement et tests d’engagement communs ont lieu. «Nous étions sur une bonne voie en ce qui concerne les convocations à l’engagement, jusqu’au jour où un changement au niveau du personnel a tout fait basculer.»

    Grâce à Ruedi Gantenbein, des chiens sans pédigrée peuvent devenir chiens de sauvetage dans la recherche en surface. «Auparavant, si l’on voulait devenir opérationnel en recherche en surface, on devait d’abord réussir un concours sanitaire de la SCS, la Société cynologique suisse. Cela excluait d’office tous les propriétaires de chiens sans prédigrée.» Ruedi Gantenbein crée un test d’engagement avec les disciplines conduite, qui remplace l’obéissance, et travail de flair: «Si l’on réussissait ce test, on pouvait se présenter au test d’engagement de recherche en surface, peu importe si le chien possède un pédigrée SCS ou non.»

    La formation lui tenait très à cœur. Grâce à un membre REDOG, Ruedi Gantenbein est entré en contact avec des conducteurs de chiens intéressés en Corée du Sud. Durant douze ans, il s’est rendu une à deux semaines par année sur place pour les entraîner. «Ce n’était pas facile», raconte-t-il de ses vécus en Corée du Sud. «Les chiens et leurs conducteurs étaient sans cesse remplacés et l’attitude générale par rapport au chien en tant qu’animal domestique n’était pas la même qu’ici.» Après 4 ans de formation, trois conducteurs de chiens réussissent l’unique test d’engagement ayant eu lieu en Asie. «Je suis particulièrement fier, parce qu’un ‚élève‘ de ce groupe a réussi le test de juge de chien de sauvetage de l’IRO et exerce désormais cette fonction dans le monde entier.»

    Dans l’IRO, Ruedi Gantenbein est longtemps responsable de cours et actif dans toute l’Europe. «J’ai avant tout axé mes efforts sur la formation des moniteurs et l’élaboration d’un manuel pour les chiens de catastrophe, de surface et d’avalanche.»

    Toni Enzler

    Une formation sérieuse et de haute qualité lui a toujours tenu à cœur. Pas seulement celle des conductrices et conducteurs de chiens, mais aussi celle des monitrices et moniteurs. «Si le trio conducteur de chien, chien et moniteur fonctionne, l’équipe canine sera opérationnelle plus rapidement.»

    En 1979, Toni Enzler doit avoir été accompagné par l’un des meilleurs moniteurs, car lui et Lars, son Berger allemand, ont réussi le test d’engagement pour devenir une équipe de chien de recherche de catastrophe à peine une année plus tard. Avec Aci, un Golden retriever, le Grison a également été opérationnel en une année. «On m’avait averti que je ne pourrais plus travailler avec mon chien dans une année; je lui en demanderais trop et devrais donc me représenter au test une année plus tard.» Une année plus tard, Toni Enzler a une fois de plus passé le test avec un brillant résultat. Bien sûr qu’il sentait «une certaine tension» au fond de lui, mais Toni Enzler se rappelle avec le sourire: «Wangen an der Aare est un superbe terrain d’entraînement, j’ai vraiment adoré.»

    Après le premier test d’engagement déjà, Alois Hafner, son moniteur, dira la phrase que Toni Enzler répétera à Elias Kalt des années plus tard: «L’opérationnalité est liée à des obligations. Tu es maintenant moniteur.» Toni Enzler modifiera le programme d’entraînement. Il conçoit un couvercle et une caisse qui portent son nom et qui auront un grand succès, non seulement en Suisse, mais dans le monde entier. Un couvercle et une caisse qui motivent les jeunes chiens à gratter et à aboyer lors de l’entraînement. Ce concept sera repris par d’autres organisations formant des chiens de recherche, notamment des chiens de recherche de stupéfiants. Jusqu’en Californie. Toni Enzler a d’ailleurs formé des équipes canines au Tyrol et en Californie.

    Dès ce moment-là, les chiens grisons obtenaient les meilleures notes aux tests. Mais attention! On a oublié un détail important qui a une très grande influence, selon Toni Enzler: «Durant la formation, les meilleurs figurants doivent se trouver dans le trou.» Ils jouent le rôle de la «victime» à l’entraînement et ont une grande influence sur le succès de l’équipe canine en récompensant le chien de manière motivante.

    Une fois de plus, le travail d’équipe joue un rôle important. Toni Enzler faisait preuve d’une bonne intuition pour les conducteurs de chiens, les moniteurs et les figurants, et les motivait. «Je n’ai pas tardé à me retirer des engagements, car les autres ‹ont également bossé›.» Ils devraient aussi obtenir une chance de partir en engagement pour en revenir avec des expériences. «Cela nous a permis d’adapter nos entraînements aux engagements et de modifier le plan d’entraînement si nécessaire.» Toni Enzler est fier d’avoir compté huit équipes engagées dans la recherche de personnes ensevelies à l’époque où le groupe régional des Grisons était relativement petit. Son épouse, Annamarie Enzler, en faisait également partie. Le couple avait une passion commune: REDOG. Il se partageait le travail à l’école. «Jamais, je n’aurais pu être aussi actif et donner des cours à l’étranger, si mon épouse ne s’était pas occupée des travaux de conciergerie durant mon absence.»

    Trudi Zurbuchen

    Elle a été l’une des premières conductrices de chien de la SSCC. Elle a été l’une des premières juges, monitrices et responsables d’un groupe régional. Et elle a été la toute première cheffe d’équipe. Lors de l’engagement à Mexico City en 1985, l’un des plus grands pour REDOG, Trudi Zurbuchen était à la tête de l’équipe comprenant notamment René Brechbühl. "Elle a été une cheffe d’équipe exemplaire. Elle avait de bonnes capacités de conduite et d’observation. Elle mettait la main à la pâte. Elle était toujours serviable et une superbe camarade.", se souvient son collègue bernois. "Trudi et Feline, sa chienne Berger allemand, étaient une 'équipe de choc', elle était son univers."

    Linda Hornisberger, aujourd’hui responsable du domaine de la recherche de personnes ensevelies, et sa collègue, Irene Aebli s’entraînaient avec Trudi Zurbuchen. "Nous avions les premiers Border collies", se souvient Linda Hornisberger, "à l’époque, ce n’était pas la race de chien classique chez REDOG. Trudi a trouvé de nouvelles voies dans la formation pour Misty, qui apprenait très vite, ou pour Nusha, chienne sensible. Ces nouvelles voies s’avéreront innovatrices pour la technique de formation chez REDOG."

    Trudi Zurbuchen était très en avance sur son époque. Si des difficultés survenaient quelque part, la biologiste cherchait des solutions individuelles avec les conductrices et les conducteurs de chiens. "Elle faisait ce que l’on appelle aujourd’hui la formation canine moderne," résume Linda Hornisberger. Et d’ajouter: "Oui, elle était une innovatrice de l’avenir de REDOG et un modèle pour moi."

    Aujourd’hui, de nombreux types de chiens brillants sont en formation et très précieux pour le travail de recherche chez REDOG. "Ils se distinguent par la prise d’initiative et en essayant de chercher des solutions de manière autonome." Comme Misty à l’époque, qui avait décidé de renverser la caisse et de s’assoir dedans, au lieu de sauter dessus pour la troisième fois.

    Trudi Zurbuchen a vécu à Berne avec son mari, dans une maison en pleine ville de Berne, avec un grand jardin et de nombreux animaux. Elle est décédée au printemps 2009.

    Paola Poli

    En 2013, alors âgée de presque 60 ans et après s’être entraînée chez REDOG durant plus de 30 ans, Paola Poli décide d’entamer une nouvelle voie. En parallèle à la recherche de personnes ensevelies sous des décombres, elle commence la formation de recherche en surface, la recherche de personnes disparues dans les champs, la forêt et la campagne.

    Jamais auparavant, elle n’a eu affaire à la technique alpine. Néanmoins, quelques mois plus tard, elle réussit le test d’engagement avec Joy, sa chienne Braque de Weimar. «Sa passion pour le travail de sauvetage et pour le petit mais remarquable groupe régional du Tessin est indescriptible», déclare Christa Wirth-Eicher au sujet de sa monitrice. «Pas un jour ne passe sans qu’elle ne s’adonne à la planification des entraînements, aux équipes canines et à leurs soucis.» La motivation de Paola Poli? «Les engagements et les succès que j’ai pu vivre, le fait de retrouver des personnes ensevelies et l’incroyable coopération avec mes chiens sont les raisons de cette passion qui m’accompagne jusqu’à ce jour.»

    Paola Poli entend parler pour la première fois de REDOG, alors appelé SSCC, en 1979. Elle contacte Ermanno Genasci, président du groupe régional tessinois qui venait d’être fondé. "Les disciplines de sport canin purement sportives ne me suffisaient pas." Avec Wero, son Berger allemand, la Tessinoise s’entraîne chez Edoardo Cavazzi, "un moniteur formidable et compétent", qui donne ses formations dans la région de Lugano, à proximité de son domicile Agno. "A cette époque, nous voyagions nettement moins qu’aujourd’hui pour nous rendre aux entraînements."

    Elle réussit le test d’engagement en 1981. Un mois plus tard, la région d’Irpinia, en Italie du Sud, est frappée par un séisme dévastateur. Âgée d’à peine 26 ans, Paola Poli est convoquée à l’engagement. "Notre président, Ermanno Genasci, était immédiatement prêt à organiser le départ en direction de la zone sinistrée. Pour des raisons géographiques et linguistiques, il était évident que nous, les Tessinois, nous rendions sur place en premier.» L’organisation s’avère difficile. La logistique et l’équipement sont insuffisants voire inexistants. De plus, une épaisse couche de brouillard entre Lugano et Milan empêche les équipes de prendre l’avion. Finalement, les trois équipes voyagent en train.

     «Je n’avais même pas de veste de pluie avec moi et étais trempée en un rien de temps. Un sauveteur de l’équipe italienne m’a alors prêté une veste», se souvient Paola Poli. Mais le stress, les soucis et les difficultés ont été récompensés. Grâce au travail des chiens, la SSCC contribue au dégagement de neuf personnes vivantes des décombres. «Nous avons tout simplement cherché et, dès que le chien désignait, apposé une banderole à l’emplacement en question pour les équipes de sauvetage. Nous avons ensuite continué à chercher».

    Lorsqu’un nouveau terrain d’entraînement est construit à Genestrerio, Ermanno Genasci en confie la conduite à Paola Poli. Elle est responsable de la formation des équipes canines de recherche de personnes ensevelies au Tessin depuis 1992. Un sacré concentré d’expérience.  «Les équipes qui s’entraînent avec Paola peuvent profiter pleinement de ses précieuses expériences, car elle les partage volontiers et donne des astuces aux conductrices et conducteurs de chiens avides de savoir. La quantité de connaissances dont dispose Paola est vraiment impressionnante», déclare Christa Wirth-Eicher.

    L’un des engagements les plus difficiles pour Paola Poli se déroule dans sa région natale. Il s’agit en fait de deux engagements. Le 5 novembre 2014, après une pluie diluvienne, une face entière d’une montagne se détache et recouvre une maison. Deux équipes canines sont immédiatement sur place, à Bombinasco, mais les secours arrivent trop tard pour la mère et sa fille. «Cela fait malheureusement partie de notre réalité: la plupart des personnes retrouvées sont déjà décédées, peu importe qu’elles soient ensevelies ou portées disparues», explique Paola Poli. «Mais la gratitude des familles, qui retrouvent leurs proches aussi rapidement que possible pour leur donner un enterrement convenable, est grande.» Et d’ajouter pensivement: «On n’oublie jamais ces images et ce moment riche en émotions et il faut du temps pour assimiler ce que l’on a vécu.»

    La pluie n’en finit pas au Tessin, si bien que d’autres glissements de terrain ont lieu le même mois. Une coulée de boue ensevelit un immeuble à Davesco-Soragno, plusieurs personnes se trouvent sous les décombres. Deux chiens se blessent dans cet engagement, l’un d’eux est Joy. «Elle a été opérée et a eu de la chance, car son tendon a failli être sectionné.»

    Joy a entre-temps pris sa retraite. Boom, un poil ras, a rejoint l’équipe il y a une année et demie. Le même chemin? Qui sait….

    René Brechbühl

    Son premier engagement a été l’un des plus grands de REDOG: Mexico City, en 1985. 48 heures après le premier séisme, les équipes canines étaient déjà sur place avec la Chaîne suisse de sauvetage. Le Bernois René Brechbühl et Visa, sa chienne Labrador, en faisaient partie. «Nous avons sauvé deux personnes des décombres d’un hôpital, puis de plus en plus de gens désespérés se sont adressés à nous pour nous demander de l’aide.», relatera-t-il à un journal plus tard. Ils ont poursuivi leur travail de recherche sans relâche durant 35 heures.

    A Mexico City, René Brechbühl a également été confronté à l’arrivée trop tardive des secours pour quatre personnes. «Nous avons parlé avec les personnes ensevelies durant des heures, nous leurs demandions de rester calmes, pendant que les sauveteurs creusaient et creusaient.» La voix du conducteur de chien expérimenté tremble encore aujourd’hui lorsqu’il en parle. Dans la même pièce, trois à quatre mètres derrière les personnes ensevelies, brûlait un feu qui n’a pas pu être éteint.

    C’est cette persévérance qui caractérise les conductrices et conducteurs de chiens REDOG, et particulièrement René Brechbühl. «Si l’un d’entre nous était enseveli», dit Linda Hornisberger, responsable du domaine de la recherche de personnes ensevelies, «René n’arrêterait pas de creuser.» Et à Romaine Kuonen, présidente centrale durant de nombreuses années, d’ajouter: «René est l’une des personnes les plus fiables. Je mettrais ma vie entre ses mains.»

    René Brechbühl a participé à 30 engagements, en Suisse comme à l’étranger, pour rechercher des personnes ensevelies sous les décombres, mais aussi des personnes disparues dans des terrains accidentés. Il a toujours été accompagné par des chiennes Labrador. Visa a rejoint la famille Brechbühl en 1979. Comme René Brechbühl voulait allier son hobby avec une activité utile, le jeune père de famille a rejoint REDOG, appelé SSCC à l’époque. Les deux ont formé une équipe opérationnelle durant neuf ans. En 1994, René Brechbühl a été engagé avec Jessy, également dans les deux disciplines. Jessy a pris sa retraite bien méritée à partir de 2003, mais son conducteur n’y a pas pensé une seconde. Avec son prochain chien, Gini, René Brechbühl travaille dans le domaine de la recherche en cas de catastrophe. Il est resté moniteur dans le groupe régional Berne et lors de semaines d’entraînement à l’étranger. Maintenant, il forme la chienne Cassie, âgée de 10 mois, dans la recherche de personnes et d’objets.

    «Le fait d’aider des personnes en détresse donne beaucoup de satisfaction. Le fait de voir que toutes les personnes impliquées tirent à la même corde et ont un objectif commun fait plaisir.» Voici sa motivation. Et son incitation. «J’ai pu acquérir beaucoup d’expérience dans les engagements en Suisse et à l’étranger. J’ai surtout appris que, pour avoir du succès, tous doivent tirer à la même corde.» Et, ces expériences, il souhaite les partager avec les jeunes conducteurs de chiens. Même s’il s’est retiré de ses nombreuses fonctions: conduite du groupe régional Berne, chef d’engagement, chef d’équipe, chef recherche technique, membre de la commission technique, remplaçant du chef d’engagement Suisse et expert. «Je ne manquerais pour rien au monde l’incroyable esprit de camaraderie.»

    Rolf Häusermann

    Il a fait de sa passion son métier. Durant 20 ans, Rolf Häusermann a formé des chiens de sauvetage à l’armée. En tant qu’enseignant spécialisé, il a accompagné des futures équipes de chiens de sauvetage dans leurs premiers pas. «Toutes ces écoles de recrues en compagnie de jeunes personnes motivées ont été intenses et gratifiantes», se souvient-il. «Avec ses connaissances spécifiques et son naturel amiable, Rolf était toujours serviable, infiniment patient, surtout envers les chiens, et, en tant que bon camarade, il se réjouissait des progrès des équipes canines», raconte Florian Sutter, l’un de ses élèves, aujourd’hui chef d’équipe chez REDOG, en se souvenant de son ancien engeignant spécialisé à l’armée. «Même après de nombreuses années, il rayonne toujours autant de plaisir lorsqu’il travaille avec son chien sur les décombres. Si on ne voit pas le plaisir sur son visage, on l’entend de très loin. La passion que Rolf a développé pour le travail de sauvetage dans son métier et dans sa vie privée est admirable et une source d’inspiration importante.»

    Rolf Häusermann a passé par l’armée pour rejoindre REDOG. Il a formé son chien de service, un Setter irlandais appelé Emir vom Talholz, en tant que chien de sauvetage et à rejoint le groupe régional Suisse orientale. Il a été opérationnel en recherche de personnes ensevelies en continu de 1984 à 2019, avec seulement une année d’interruption. Ses engagements l’ont emmené au Mexique, trois fois en Turquie, à Taiwan, au Yémen et à Kobe au Japon. Il était conducteur de chien et chef d’équipe. L’engagement le plus difficile? «Les enfants que nos chiens ont localisés, mais qui n’ont pas pu être sauvés, m’ont le plus préoccupé.», dit Rolf Häusermann. Tout simplement parce qu’il n’y avait pas de forces d’engagement avec un appareil lourd à disposition. «Cependant, chaque engagement était difficile à sa manière.»

    Rolf Häusermann était également opérationnel dans la recherche de personnes disparues, alors appelée recherche en surface. Il a occupé la fonction de chef recherche en surface Suisse durant dix ans. Le Suisse oriental a déménagé à Berne pour des raisons professionnelles. Il a été responsable de la formation des équipes canines du groupe régional Berne et est toujours actif en tant qu’expert.

    Les chiens de sauvetage sont sa vie. «Et tant que je le pourrai, je poursuivrai le travail de sauvetage.» Sa motivation est la camaraderie et le fait de s’engager avec l’objectif d’aider des personnes en détresse. «Quand il le fallait, on pouvait compter sur tout le monde à 100 pourcent. On laissait simplement de côté son propre état d’âme.»

    Ce n’est pas étonnant qu’il recherche immédiatement un nouveau défi à relever en 2020, après avoir pris sa retraite et déménagé en Allemagne. Avec Kito vom Seedinersee, un Schnauzer géant, il est actif dans un groupe de sapeurs-pompiers. Il représente REDOG au sein de l’IRO, l’Organisation internationale des chiens de sauvetage, et sera encore présent en tant qu’entraîneur Lead et expert sur les terrains d’entraînement. «REDOG restera toujours une partie de ma vie. REDOG était pour moi une famille, dans les bons et les mauvais moments.»

    Bruno Maurer

    Il est encore engagé au niveau national aujourd’hui et on le rencontre régulièrement sur la place d’entraînement à Epeisses, accompagné de Thorin, son Retriever canadien: Bruno Maurer. Il a intégré le groupe de collaborateurs Suisse centrale de la SSCC en 1982. Robert Meier, son collègue et, comme lui, conducteur de chien à la Police lucernoise, l’a invité à un entraînement d’essai. "Nous avons suivi les cours pour chiens d’avalanche du CAS ensemble et il était convaincu qu’Ingo, mon Berger allemand, pourrait être doué en tant que chien de recherche en décombres." C’est ainsi que Bruno Maurer a rejoint la SSCC et est actuellement toujours membre de REDOG.

    Il est parti en engagement pour la première fois en Turquie, en 1983 déjà, avant d’être chef d’équipe en Arménie en 1988. "Cet engagement en tant que chef d’équipe et celui en tant que conducteur de chien au Mexique, l’un des engagements les plus grands et complexes, ont été les moments les plus importants pour REDOG." Son dernier engagement, celui suite au tremblement de terre et au tsunami au Japon en 2011, a été le plus difficile pour lui: gravement malade, il a dû être transporté d’urgence en Suisse par la Rega. Grâce à la bonne camaraderie au sein de la chaîne de sauvetage, de REDOG et dans son entourage, il a réussi à bien assimiler cette expérience.

    Président de la Commission technique durant onze ans, Bruno Maurer a eu un impact sur REDOG, notamment en organisant la première semaine internationale d’entaînement à Genève. La formation des jeunes conductrices et conducteurs de chiens le motive encore aujourd’hui. Il s’engage en tant que moniteur au sein de son groupe régional Suisse centrale et en tant qu’expert aux tests d’engagement.

    Toni Frisch

    Lorsque Toni Frisch parle de conductrices et conducteurs de chiens, il parle d’eux avec beaucoup de reconnaissance. Dans sa fonction de chef de la Chaîne suisse de sauvetage, c’est lui qui alarmait REDOG. Il est parti en engagement avec les équipes canines suite à des tremblements de terre. En Amérique du Sud, il observait le co-fondateur de REDOG, Urs Ochsenbein, former des équipes canines indigènes, suite à son invitation. Toni Frisch est quasi un compagnon de REDOG, depuis que la Chaîne suisse de sauvetage existe, depuis 40 ans. Et il est aussi fan de REDOG.

    Le premier engagement commun a eu lieu au Mexique en 1985. «Au début des années 80, on se moquait de moi lorsque je disais que, lors d’un engagement de la chaîne de sauvetage en Amérique latine, il y aurait autant de chances de survie et, par conséquent, de sauvetage, qu’en Turquie», se souvient Toni Frisch en souriant. On lui répondait que la traversée de l’Atlantique durerait beaucoup trop longtemps.

    Puis la Terre a tremblé à Mexico City et la chaîne de sauvetage y a envoyé une équipe. Et Toni Frisch aura eu raison. «Nous avons sauvé neuf personnes, c’était un incroyable succès et une percée.» Pour la chaîne de sauvetage et pour REDOG. «Les équipes canines ont fourni un travail formidable, mais», et Toni Frisch le souligne toujours avec véhémence, «le travail de tous est indispensable…» il énumère: «… des chefs d’équipes aux spécialistes dans tous les domaines, en passant par les opérateurs radio, les logisticiens qui organisent l’hébergement, etc. Je n’ai jamais voulu savoir quelle équipe canine a localisé quelqu’un ou quelle équipe de sauveteurs a sauvé une personne. C’est notre équipe et notre succès qui en font un succès d’équipe.» Toni Frisch ne se lasse pas de souligner l’importance du dégagement de personnes décédées. «Ce n’est pas un échec... mais une triste confirmation. Un espoir qui ne se réalise pas, mais, malgré cela, une certitude pour les proches et les autorités.»

    Grâce à ses connaissances linguistiques, Toni Frisch a repris ad hoc la coordination au Mexique et a organisé un échange, le matin et le soir, entre toutes les équipes de sauvetage présentes. L’occasion de se rencontrer et, de temps en temps, de pouvoir rire un peu. C’était le début d’une coordination et d’une standardisation internationales, auxquelles il a donné naissance au Mexique, qui lui ont tenu à cœur durant toute sa vie professionnelle active. Et qui lui tiennent encore à cœur aujourd’hui.

    Lorsque Toni Frisch a rejoint le corps d’aide humanitaire, il a demandé au Service sismologique ZH d’alarmer immédiatement le CSA lors d’un tremblement de terre d’une magnitude de 5,5 ou plus. Une toute nouvelle tâche. Ce qui paraît évident aujourd’hui s’est développé par étapes à la fin des années 70 et au début des années 80 du siècle dernier, jusqu’à la fondation de la Chaîne suisse de sauvetage en 1981. Après le tremblement de terre en Arménie en 1988, Toni Frisch a développé l’idée d’une union des organisations de sauvetage du monde entier. Cette idée est née par hasard, lors d’un petit-déjeuner avec ses collègues allemands et autrichiens. L’INSARAG n’a été fondé que deux ans plus tard. L’INSARAG, International Search and Rescue Advisory Group, est une organisation des Nations Unies qui détermine les standards et la coordination de la collaboration internationale dans le domaine «Search & Rescue» soit les équipes de recherche et de sauvetage engagées suite à des catastrophes. «Si on remplissait les standards, on pouvait être convoqué dans la zone de crise. Si on ne les remplissait pas, on avait meilleur temps de rester à la maison. C’était certes le plus grand projet de la coordination internationale de l’aide immédiate et de sauvetage», observe Toni Frisch aujourd’hui. Il a endossé la fonction de «Global Chairman» durant les premières 24 années.

    Toni Frisch est un humanitaire et sauveteur corps et âme. «J’ai toujours été convaincu de la nécessité d’une aide immédiate rapide et professionnelle; la chaîne de sauvetage en fait partie.» Ce qui, pour lui, ne signifiait pas pour autant de foncer lors de chaque catastrophe. «La décision ‘Engagement: oui ou non’ faisait pour moi partie des tâches les plus exigeantes et intéressantes dans cette activité. Et tous n’étaient pas toujours du même avis.» Toni Frisch a dû faire face à des critiques massives lorsqu’il a décidé, suite au tremblement de terre à Haïti en 2011, de ne pas envoyer la chaîne de sauvetage. «Des équipes de sauvetage du monde entier vont se marcher sur les pieds, pendant que pratiquement personne ne s’occupera des blessés.», prédisait-il. Il a donc envoyé une équipe médicale compétente qui a sauvé de nombreuses vies humaines. Et aura une fois de plus eu raison.

    Pour Toni Frisch, REDOG est un élément central de la chaîne de sauvetage. Un exemple pour une alarme rapide, un travail précis, fiable et professionnel. «REDOG a considérablement contribué à la bonne réputation de l’aide immédiate suisse. Les demandes de formation et de perfectionnement d’équipes de recherche et de sauvetage à l’étranger ne sont pas un hasard. Une partie des pays possède aujourd’hui ses propres équipes canines très bien qualifiées.» Cette circonstance et le fait que le nombre de tremblements de terre a baissé depuis 1990 font que les équipes REDOG sont moins engagées à l’étranger. «Mais, lorsqu’on a besoin de REDOG, cela doit aller vite et les équipes doivent se trouver au plus haut niveau d’entraînement». Être prêt est crucial, même si c’est moins spectaculaire qu’un engagement. «Celui qui s’engage pour d’autres, sans attendre de remerciements ni vouloir être un bien-pensant, aura beaucoup à gagner pour lui-même.» Voilà le message que Toni Frisch souhaite transmettre aux actuels bénévoles de REDOG.

    Il exprime également à REDOG sa profonde gratitude et remercie ses membres, en son nom et au nom de nombreuses personnes anonymes concernées.

     

    Linda Hornisberger

    Responsable de la formation, membre du comité central, du comité du groupe régional, cheffe d'équipe et d'engagement, il n'y a pas une fonction que Linda Hornisberger n'ait pas occupée au sein de REDOG. Et aucune fonction dans laquelle elle ne se soit pas engagée avec la plus grande passion, depuis plus de 40 ans déjà. Mais avant tout, il y a son amour pour les chiens, son don pour les lire, les mener, les entraîner, les éduquer. Et de motiver les gens aux côtés des chiens.

    «Au cours de toutes ces années - et cela fait maintenant 25 ans - j'ai vu Linda intervenir un nombre incalculable de fois, y compris dans des situations de test d'engagement, lorsque quelque chose se passait mal, afin que l'équipe ne subisse pas de dommage sur le plan de la formation ou autre», déclare Tatiana Lentze, collègue de longue date au sein du groupe régional REDOG de l'Oberland bernois, avant d'ajouter avec un clin d'œil: «Il faut la connaître pour pouvoir accepter son aide parfois peu conventionnelle.»

    «Il n'est pas toujours facile de comprendre ce qu'elle a en tête et il faut faire preuve de talent d'interprétation pour savoir comment nous devons travailler», explique Paola Poli. «Mais même si elle dirigeait d'une main ferme et même si elle réprimandait, son objectif était toujours de nous aiguillonner et de nous faire progresser. Nous avons aussi eu des débats vifs...», Paola Poli se souvient d'une nuit passée ensemble à partager un mètre carré sur un tas de bois, lors du test d'engagement à Epeisses en automne 2022: «C'était un échange de vues 'houleux' là-haut», ... qui a finalement tourné à l'avantage de Linda. «Heureusement!» Car il devait s'avérer après coup que Linda Hornisberger avait raison.

    A l'occasion de son départ du comité central et de sa nomination en tant que membre d'honneur lors de l'assemblée des délégués de REDOG 2023, nous avons demandé aux compagnons de route de Linda d'écrire quelques mots sur les moments qu'ils ont passés avec elle. Il en est résulté une série de souvenirs qui ne ressemblaient en rien à un discours d'adieu habituel. Nous citons ici quelques-uns des nombreux mots d'adieu.

    Irène Aebli se souvient encore très bien du jour où Linda Hornisberger l'a quasiment traînée à la «journée portes ouvertes» du groupe régional de Berne en 1986, après le tremblement de terre au Mexique. «A l'époque, il était déjà clair pour Linda qu'elle voulait adhérer à la SSCC, appelée REDOG aujourd'hui, avec Misty, la chienne intelligente qui offrait toujours des intermèdes humoristiques et créatifs. Mais moi, je n'en avais pas l'intention!» Eh bien, Linda n'a pas été la seule à devenir membre, Irène Aebli aussi. Côte à côte, elles étaient également présentes lorsque le groupe régional de Berne s'est divisé et qu'un groupe de l'Oberland a vu le jour en 1995.

    Linda Hornisberger et Irène Aebli se sont entraînées auprès de Trudi Zurbuchen, pionnière de REDOG (portrait également sur cette page). «Nous avions les premiers border collies», se souvient Linda Hornisberger, «à l'époque, ce n'était pas le genre de chien que l'on utilisait chez REDOG. Trudi a trouvé des moyens de formation pour Misty, qui apprenait très vite, ou pour la sensible et appliquée Nusha d'Irène, qui allaient devenir des pionnières de la technique de formation chez REDOG». Misty, Jess, Dibi, Sky et aujourd'hui Tilly et Nash - ce n'est pas un hasard si tous les chiens de Linda sont des border collies. «J'ai eu et j'ai toujours des chiens géniaux, grâce auxquels j'ai pu avoir du succès dans la recherche de personnes». Aujourd'hui, elle est active avec Nash dans la recherche de cadavres, qu'elle a contribué à créer, et Tilly dans la recherche de personnes ensevelies.

    Linda Hornisberger était toujours à la recherche, et pas seulement de personnes à sauver. Elle cherchait... et trouvait des solutions, qu'il s'agisse d'un exercice d'intervention avec l'armée où il fallait improviser, pour la formation des équipes, quand elle appelait ses collègues la nuit pour leur dire «dis, j'ai réfléchi à l'entraînement et...»... «j'y ai repensé ...». Ou encore à son «terrain de jeu préféré» à Ostermundigen, le Centre national de formation de REDOG. En compagnie de Barbara Spycher, la découvreuse du terrain. Les premiers travaux de planification et de construction ont dû être réalisés en quelques mois, ce qui les a amenées à passer beaucoup de temps au CNF de décembre 2013 à mars 2014. Regina Wenk, Hansruedi Gessler, Erich Grossniklaus, les entreprises Ringgenberg et Held faisaient également partie de l'équipe. «Avec Peter Held, nous passions des soirées à planifier les cachettes des figurantes et des figurants. Il nous est arrivé d'utiliser notre table de salle à manger pour vérifier la taille du "trou"», se souvient Barbara Spycher.

    Des amitiés sont nées chez REDOG, qui sont aujourd'hui sa famille. Marina Tulinski et Linda forment un duo qui a marqué REDOG. Même si au début, il n'y avait aucune sympathie. «Je la trouvais la plupart du temps, eh bien, insupportable». Un engagement commun de recherche de personnes disparues en Grèce devait changer la donne. «A l'aéroport déjà, j'ai remarqué que nous avions à peu près le même humour étrange», raconte Marina Tulinski. «C'est à ce moment-là que j'ai commencé à comprendre à quel point elle assumait ses tâches de manière responsable vis-à-vis de REDOG, des chiens et des gens. Je peux compter sur elle quand il y a le feu ou que le monde s'écroule. Je suis certaine qu'elle sera alors là à temps.»

    Elias Kalt

    Opérationnel durant 33 ans, en continu. Son dernier engagement était en 2017, à Bondo, à la recherche d’un groupe de randonneurs disparus suite un éboulement dévastateur. Suspendu dans les airs, avec Hyra, un Labrador retriever, il s’est fait héliporter au fond de la vallée. Ses deux premiers engagements se sont également déroulés dans des vallées suisses, soit à Sufers et à Vilters.

    "Chaque engagement est spécial et a sa propre manière de se graver dans la mémoire", constate Elias Kalt en rétrospective. Cependant, le souvenir le plus positif est certainement l’engagement en Turquie, à Izmit, en 1999. En arrivant sur la place sinistrée, les équipes REDOG ont été informées que plusieurs centaines de personnes étaient portées disparues. Une grande famille s’était réunie dans un bâtiment de 7 étages pour dire adieu à la tante qui était décédée. Ce qui s’est ensuite produit, Elias Kalt ne l’oubliera jamais. "Je vois encore aujourd’hui leurs yeux sous tous ces débris, ces yeux en forme de cerises." Les sauveteurs sont parvenus à dégager deux enfants des décombres du bâtiment, âgés de cinq et sept ans.

    Ce sont ces expériences qui expliquent l’engagement pour une organisation bénévole. Mais pas seulement. Pour Elias Kalt, il a toujours été important d’être sur place rapidement, de manière flexible et avec une bonne formation. "Lorsque j’ai réussi le test d’engagement en 1987, avec Tobi à l’époque, Toni Enzler, mon formateur et mentor, m’a dit: l’opérationnalité est liée à des obligations." Le Grison a appliqué cette devise à la lettre: du comité du groupe régional des Grisons, il est passé à chef d’engagement et de la formation des chiens de recherche de personnes ensevelies.

    Il a été responsable et a organisé les tests d’engagement des chiens de recherche de personnes ensevelies dans le village d’exercices de l’armée à Epeisses durant 18 ans. Elias Kalt a revu le test à plusieurs reprises, introduit le test d’aptitude et développé un programme informatique hautement professionnel qui permet entre autres de calculer l’évaluation globale et les notes.

    Ce n’est qu’en novembre 2020 qu’il s’est retiré en tant que membre actif. "Si j’avais 20 ans de moins, je réintégrerais REDOG sans hésiter"

    Margrit Zumkeller

    Lors de son entrée en fonction en tant que caissière centrale REDOG en 1990, elle n’avait probablement aucune idée de tout ce qui l’attendait. Le président central de l’époque, Stefan Grunder, a eu un bon flair en demandant à Margrit Zumkeller de rejoindre le comité central. On devait faire face à de nouveaux défis: l’Internet a fait son apparition, les statuts de 1989 devaient être transposés, le 25ème anniversaire devait être géré au niveau comptable. Le nombre de cours et d’événements était à la hausse. La première surprise l’attendait le jour même de son élection: son prédécesseur avait établi un budget comportant des dépenses de plus de 100'000 francs et des actifs, revenus inclus, de 80'000 francs. Le fait d’être la seule femme dans le comité central exige de la capacité à s’imposer.

    La quantité de travail a encore augmenté lorsque Romaine Kuonen a fait avancer le marketing. Et, lorsque REDOG a décidé de porter des habits unitaires, quelqu’un devait gérer ce domaine également. Margrit Zumkeller s’occupe encore aujourd’hui de la gestion des habits.

    Margrit Zumkeller a veillé aux finances de REDOG et s’est occupée des membres de la société durant 20 ans. «Si l’on avait une question, Margrit avait toujours la réponse», déclare Josef Furrer, président pendant de nombreuses années du groupe régional Zurich, canton d’origine de Margrit Zumkeller. Elle y a été active dans la recherche de personnes disparues et opérationnelle avec la chienne Collie Fahra et le Golden retriever mâle Onyx.

    Quelques jours après la réussite du test d’engagement, elle a été déployée à son premier engagement qui a duré deux jours. «Je n’ai jamais eu aussi froid que durant les deux nuits passées dans la salle de gymnastique où il régnait un froid glacial. Je ne savais pas comment une recherche se déroule en engagement réel.» Margrit Zumkeller est également restée active dans le domaine du sport: elle a gagné des médailles spéciales avec Fahra et Onyx. Outre les finances de REDOG, elle a été responsable de la recherche en surface dans son groupe régional durant huit ans. Aujourd’hui, elle est accompagnée de Quira, elle aussi Golden retriever, mais les engagements appartiennent désormais au passé.

    Kilian Schnyder

    «Mettre quelque chose en place, c’est vite fait. Faire que cette chose perdure, avec un effectif de membres qui peuvent partir en engagement en cas d’urgence, c’est une tâche plus fastidieuse.» Kilian Schnyder sait de quoi il parle. Durant deux ans, il a fait des projets avec un collègue pour fonder un groupe régional dans le Haut-Valais. Car, au milieu des années 1980, il n’était pas possible de former un chien de catastrophe au Valais. «Mon collègue était membre du groupe régional Soleure, on n’ose même pas imaginer le nombre de kilomètres qu’il parcourait pour se rendre à l’entraînement», raconte Kilian Schnyder. C’est à ce moment-là qu’est née la section valaisanne, comblant une lacune dans le sud de la Suisse, en tant que dernier groupe régional, en 1988.

    A peine deux ans plus tard, deux groupes de conductrices et conducteurs de chiens étaient prêts à partir à la recherche de personnes disparues et ensevelies. La publicité pour trouver des membres n’a pas été nécessaire. «La plupart d’entre eux étaient déjà actifs dans la recherche en avalanche; ils connaissaient la recherche avec les chiens.», se souvient Kilian Schnyder, lui aussi conducteur de chiens d’avalanche et membre du Secours alpin actif. En tant que policier, il était responsable de la formation et de l’engagement des chiens.

    Dans sa fonction de président d’un groupe régional, Kilian Schnyder était membre du comité central, qui comptait près de 20 membres à l’époque. Ses talents de négociateur, dont il a fait preuve dans les débats controversés des Vaudois et des Genevois à l’époque, ont laissé une impression telle qu’il a été proposé en tant que président central en 1991 déjà, élection qu’il a gagnée promptement. Son premier objectif: réduire le nombre de membres au comité central. «Ce n’est pas très productif d’être à la tête d’un groupe de 20 personnes et c’est impossible de parvenir à changer ou à améliorer quoi que ce soit», explique le Haut-Valaisan.

    Travailler plus efficacement, entretenir les partenariats, donner un souffle contemporain à REDOG. Ses efforts ont porté leurs fruits. Kilian Schnyder était un président central qui accordait beaucoup d’importance à la cohésion. Il a intensifié la collaboration avec les organisations partenaires en Suisse, avant tout avec la Chaîne de sauvetage. «Grâce à Charles Raederdorf, chef de la Chaîne de sauvetage de l’époque, nous avons obtenu un soutien financier de la Confédération, afin d’améliorer notre formation et de moderniser notre équipement.» Durant sa présidence, la recherche technique avec des appareils acoustiques de localisation a fait son début.

    Les nombreux engagements à l’étranger durant les années 1980 et 1990 ont connu un large écho au niveau mondial. Des groupes régionaux de REDOG ont été créés en 1995/96 en Californie (1987), au Japon, en Colombie et en Australie. Leur souhait: former des équipes canines engagées par analogie à REDOG. Des membres REDOG se sont donc rendus à l’étranger en tant que formateurs. Des engagements de formation sur mandat de la DDC sont venus s’y ajouter plus tard. «Sans vouloir être prétentieux: REDOG était connu dans le monde entier en matière de chiens de recherche en cas de catastrophe.» souligne non sans fierté Kilian Schnyder. Après l’engagement à Kobe, une étroite collaboration est née avec le gouvernement japonais et des organisations cynologiques, qui perdure encore aujourd’hui et a été mise par écrit dans un accord de coopération en 2019.

    Il était évident que le nom devait également devenir plus international. «La signification de l’abréviation SSCC était certes connue, mais le nom entier était long et difficile à retenir.» Ainsi, Kilian Schnyder a commencé à discuter avec l’ancien responsable des relations publiques de la Rega lors des nombreuses rencontres. «Ils venaient justement de raccourcir leur nom aussi.» Et c’est ainsi qu’est né REscue DOGs.

    Laurence Fontana

    Laurence Fontana a été l'une des premières responsables de l'équipe REDOG. Et elle a été l'une des premières femmes à entraîner des équipes de chiens à l'étranger.

    Au Maroc, par exemple. Elle sourit encore aujourd'hui lorsqu'elle raconte les regards étonnés des Marocains lorsque la prétendue Laurence s'est avérée être une femme. En tant que femme, souligne-t-elle au cours de la conversation, elle n'a jamais eu de problèmes chez REDOG, en intervention ou même en formation à l'étranger. 

    Nous sommes également particulièrement heureuses de pouvoir publier une interview en français pour marquer cet anniversaire.

    Stephan Stadler

    C’était une révolution technique à l’époque: le premier appareil de détection technique sur les terrains d’exercice REDOG. Localiser des personnes sous les décombres sans l’odorat du chien. Était-ce possible? Et cette technique remplacerait-elle un jour le nez canin? «La résistance des conductrices et conducteurs de chiens était assez grande au début de notre formation», raconte Stephan Stadler. En 1993, le Fribourgeois qui s’entraînait dans la recherche de personnes ensevelies a été prié de mettre en place l’engagement d’appareils techniques dans la localisation, en collaboration avec son collègue Kurt Jenni.

    Grâce à plusieurs années de travail, l’équipe est parvenue à obtenir l’acceptation des conductrices et conducteurs de chiens. Aussi grâce au soutien du président de la Commission technique de l’époque, Bruno Maurer, et du responsable du groupe régional Berne, René Brechbühl. Stephan Stadler a recruté des conductrices et conducteurs de chiens en tant que spécialistes de la localisation technique et organisé des exercices communs. «En toute conscience, car cela nous a permis de réduire les préjugés au niveau national. En effet, les conductrices et conducteurs de chiens faisaient part de leurs expériences au sein de leurs groupes régionaux. De plus, les conducteurs de chiens savent exactement comment travaillent les chiens et engagent la localisation technique de manière ciblée.»

    Comme au début de la formation des équipes canines, la création de la localisation technique consistait à apprendre par la pratique. «Nous disposions du mode d’emploi du fabriquant de l’appareil, c’est tout», se souvient Stephan Stadler. On a procédé à de larges tests, étudié des rapports d’expériences du THW, Technisches Hilfswerk (secours technique) Allemagne, appris la science des matériaux. Le béton, les fers d’armature, le métal transmettent le bruit, la terre, l’argile et le sable ne le transmettent pas. «Avec le temps, nous savions où placer les capteurs afin d’obtenir la meilleure conductivité.» Une bonne ouïe pour différencier les bruits est une condition sine qua non. Est-ce que quelqu’un tapote sous les décombres ou est-ce juste un outil dans les débris? «Cependant, l’alpha et l’oméga est le même que dans la recherche en décombres ou en avalanche, c’est la connaissance de la recherche générale et fine.» et à Stephan Stadler d’ajouter: «C’est en forgeant qu’on devient forgeron.»

    Les spécialistes ne connaissaient pas seulement leur appareil par cœur. Leurs suggestions d’amélioration ont contribué au développement d’instruments plus performants et à la réduction du poids. «Le premier appareil, avec tous les accessoires, pesait 50 kilogrammes. Le gestionnaire de l’entrepôt du Corps d’aide en cas de catastrophe a fabriqué un cadre à roulettes spécial avec lequel nous pouvions transporter les caisses», se souvient Stephan Stadler.

    Une première équipe de localisation technique est partie en engagement en 1995: à Aegion, Grèce, suite à un violent séisme. Des décombres compliquées en sandwich, des conductrices et conducteurs de chiens qui portent leurs chiens sur des échelles de pompiers pour atteindre les étages supérieurs, des températures de 40 degrés. «Nous avons eu contact avec une personne ensevelie à plusieurs reprises, entendu des tapotements, des grattements et même des voix.» Stephan Stadler hésite. Puis poursuit. «Malheureusement, nous n’avons plus rien entendu après quelque temps.» Ils apprendront plus tard qu’il y avait un jeune homme à cet endroit; il est mort de soif.

    Stephan Stadler se rappelle de tous ses engagements. Deux fois en Turquie, la même année. Chaque détail. La statique des décombres. Les températures allant de 40 degrés à moins 20 degrés. Les heures jusqu’au dégagement ou sauvetage. Les discussions avec les proches, les crises de colère de pères qui recherchaient désespérément leur famille. Le stress psychologique dans sa propre équipe. «En engagement, on doit avant tout fonctionner. Ce qu’on a entraîné toute l’année est appliqué dans la réalité. On ne doit en aucun cas commencer à réfléchir. Concentration à 200 pourcent. Pure adrénaline.» Il n’est pas rare de passer deux, trois jours quasiment sans sommeil. Les émotions peuvent sortir lorsqu’on est à la maison. Des images dont le juriste a rêvé durant des années. «Contrairement à ce que l’on entend parfois: on ne s’y habitue jamais. Les engagements ne se transforment jamais en routine.»

    Le garçon de dix ans qui a été sauvé en Grèce, après 13 heures, s’appelait Andrea. Stephan Stadler joint les mains.

    Hanspeter Burkart

    Comme chez beaucoup d’autres, tout a commencé au cours d’éducation canine. Hanspeter Burkart le suivait avec son premier ami à quatre pattes: un Bergamasque croisé qu’il a adopté dans un refuge. «J’étais fasciné par la vitesse d’apprentissage du chien et à quel point il aime le travail.», se souvient le Zurichois, sans parler du plaisir qu’il ressentait, lui. Car il n’aura plus qu’un seul hobby pour le reste de sa vie: le travail de sauvetage avec les chiens. Il s’engagera pour la formation médicale de base des membres REDOG, car il travaille dans le service sanitaire. Il sera le premier conducteur de chien également opérationnel dans la localisation technique, car la technique l’a toujours fasciné. Durant dix ans, il formera des équipes canines en Inde sur mandat de la DDC, car il connaît l’Inde, pays qu’il aime, pour des raisons professionnelles. Il sera élu trois fois président du groupe régional Zurich. Mais une chose après l’autre.

    Après avoir suivi des cours de la SCS, la Société Cynologique Suisse, Hanspeter Burkart découvre la recherche en avalanche, car il souhaite trouver une possibilité d’utiliser les qualités de Ronny. «Toutefois, en tant qu’habitant de la plaine, un entraînement régulier et la disponibilité n’allaient pas de pair avec la famille et la profession.» Une des raisons pour laquelle, fin des années 60, un groupe de conducteurs de chiens se forme autour du pionner Urs Ochsenbein. Ce groupe a pour objectif d’utiliser les capacités des chiens également dans les décombres. Hanspeter Burkart contacte Urs Ochsenbein. «Pas une personne facile. Peu enclin à la discussion, lorsqu’il n’était pas d’accord avec quelque chose. Cependant, après l’entraînement d’essai, il a répondu à ma question, soit si j’y arriverais avec mon chien, par: oui.»

    Hanspeter Burkart a été opérationnel avec Ronny et Chip, son premier Schnauzer géant, sur trois au total. Son premier engagement a eu lieu en Grèce, en 1995. C’était également le premier engagement de la localisation technique. Hanspeter Burkart faisait partie de l’équipe déployée près d’un immeuble à moitié effondré. Les chiens ont fait des désignations. «Nous avons entendu un enfant gémir lorsque nous avons déblayé la première couche déjà. C’est quelque chose qui donne des frissons.», se souvient Hanspeter Burkart. Une fois le plafond percé, la localisation technique a engagé ses appareils et a pu établir une communication avec le garçon. Ce dernier a pu être sauvé après nombre d’heures. Hanspeter Burkart était fou de joie: «Il avait ‹seulement› la jambe cassée.»

    La localisation technique a gagné en importance, des manuels et des règlements ont dû être écrits. Hanspeter Burkart s’est engagé dans ce domaine aussi. A côté de cela, il a créé le premier site REDOG avec un aperçu de tous les groupes régionaux.

    Hanspeter Burkart était chef d’équipe, chef d’engagement, chef de la localisation technique, président de groupe régional, moniteur, formateur en Suisse et à l’étranger. Il s’est retiré de ces fonctions en raison de son âge. Aujourd’hui, il ne part plus en engagement, mais reste toujours actif. Il participe à presque chaque semaine d’entraînement avec son Schnauzer Amigo. Il est expert, soutient la formation de la localisation technique et conduit le groupe spécialisé Médic recherche de personnes ensevelies, une équipe de professionnels qui peuvent partir en engagement en cas d‘urgence.

    Romaine Kuonen

    «REDOG est bien plus qu’une activité pour nous tous. REDOG nous tient à cœur.» Lorsque Romaine Kuonen parle de son engagement, elle décrit la motivation de nombreux membres REDOG pour leurs importants efforts dans la formation et leur disponibilité au service d’une organisation de sauvetage.

    Romaine Kuonen a été la première présidente centrale de REDOG et a créé des bases importantes pour réaliser des visions. La centrale d’alarme et l’office REDOG ont notamment été conçus durant sa présidence. De plus, de nouvelles structures ont été mises en place pour les équipes d’engagement immédiat à l’étranger ainsi que pour les projets de formation à l’étranger. Ceci également dans un esprit de retour à la source, vers les débuts de REDOG, qui s’appelait SSCC à l’époque. Le renouvellement des structures d’engagement dans la recherche de personnes disparues propose aujourd’hui une offre d’aide immédiate en Suisse, en complément aux mesures des autorités. Aussi, l’intégration des drones à la recherche démontre que la réflexion globale et en réseau concernant les moyens d’engagement renforce l’offre de REDOG de manière ciblée.

    Toutefois, et la Valaisanne le souligne régulièrement: «REDOG est né d’une formidable époque pionnière de la SSCC. Si j’ai pu, en tant que présidente centrale, avec mes collègues du comité central et de la commission technique, continuer le développement durant onze ans, dont huit en tant que présidente centrale, c’est grâce à l’aide de nombreux pionniers et pionnières qui ont posé les bases nécessaires à notre société.»

    Romaine Kuonen a également créé le fondement financier nécessaire aux importants développements. Elle a en effet renouvelé le réseau dans la politique, à la Confédération, dans les cantons et avec les organisations partenaires au niveau national et international. Aujourd’hui, les conventions sur les prestations avec les cantons garantissent aux états-majors cantonaux de crise une opérationnalité permanente des équipes REDOG. De plus, elles donnent à REDOG un coup de pouce financier pour la formation et le perfectionnement professionnels. REDOG est considéré comme partenaire égal par les organisations à feu bleu et l’armée. REDOG part en engagement avec GEA, une organisation turque de sauvetage, en cas de catastrophes: au Népal en 2015 et en Albanie en 2019.

    Le généreux soutien de fondations telles que la JTI Foundation, Robmar et la Fondation humanitaire de la Croix-Rouge suisse n’a pas seulement amélioré la situation financière, mais témoigne aussi de la reconnaissance pour le travail et la nécessité de REDOG. En créant un office en 2012, Romaine Kuonen a assuré la durabilité et même le développement futur de ces succès par la professionnalité de la gestion de société, du marketing et de la collecte de fonds.

    Roc Collenberg

    Lors de l'assemblée des délégués de 2021, lorsqu'elle a pu se tenir à nouveau sur place durant la pandémie du coronavirus, Roc Collenberg a été nommé membre d'honneur. Nous publions ici l'hommage rendu par Markus Willi, vice-président du comité central de REDOG. Car nous estimons qu'elle exprime exactement ce qui caractérisait Roc Collenberg et les visions qu'il a développées et mises en œuvre pour la recherche en surface. Merci Markus.

    «Quand je pense à Roc, je vois dans mon esprit un homme qui poursuit toujours ses objectifs avec une application et un engagement énormes, une grande passion et un grand dévouement, et une grande exigence de qualité envers lui-même (et aussi envers tous les autres). Le dicton 'Faire, c'est comme vouloir, mais en beaucoup plus extrême!' semble avoir été créé pour lui. Il laisse volontiers les autres parler, il passe à l'action.

    REDOG a pu profiter énormément de ces traits de caractère au cours des 20 dernières années. Je n'exagère certainement pas en disant que Roc a marqué de manière décisive les 'temps modernes de la recherche en surface REDOG' (et j'entends par là l'évolution de ces dernières 16 années jusqu'à aujourd'hui) et qu'il a contribué à les façonner. Il a participé à l'élaboration de tous les standards actuellement en vigueur, qu'il s'agisse de règlements de concours ou techniques, de manuels de formation ou techniques, ou encore de la doctrine d'intervention de la recherche en surface - tout porte la signature de Roc et repose également sur ses idées.

    Roc a rejoint REDOG en 2001 et a été élu en 2006 chef de la formation de recherche en surface au sein de la commission technique, poste qu'il a occupé jusqu'à la modification des statuts. Il a ensuite formé, avec Matthias Knöri, l'équipe de direction responsable du domaine de la recherche de personnes disparues pendant environ cinq ans et a siégé à ce titre au comité central jusqu'en 2019. Il a lui-même participé à la recherche en surface avec deux chiens. D'abord avec Grace, une chienne berger allemand, puis avec Iska, la chienne labrador sur la photo.

    Interrogé sur l'étape de développement qui l’a le plus marqué, il répond: la mise en place du test d'intervention des aides SAR, la réorganisation structurelle du domaine de la recherche de personnes disparues et la nouvelle organisation de l'alarme. Et d'ajouter une idée: 'Tu sais, Markus, REDOG a besoin, en dehors de toute contrainte structurelle, d'un bureau de l'innovation, d'un think-tank qui réfléchisse en permanence et identifie les défis de l'avenir.' C'est avec plaisir que je transmettrai cette idée au nouveau comité directeur, cher Roc.»

    Markus Willi

    Mentions légales

    Un grand merci aux membres REDOG et aux membres honoraires pour les informations de contexte et les nombreuses photos.

    Un remerciement particulier à :

    • Carla de Pretto, Claire Lecannellier et Michèle Cepl pour les traductions en français et en italien
    • Jeremias Janki et ses immenses archives REDOG
    • Heinz Brecht et ses archives photographiques
    • Hanspeter Burkart et sa mémoire des noms
    • Alois Hafner et Peter Kradolfer pour leurs mémoires et leurs encouragements
    • Max Strässle pour le film et la photo

    Concept et textes: Dagmar Wurzbacher

    Nous remercions nos membres honoraires pour leur fidélité à REDOG

    Otto Aeschbacher, Gwatt

    Walter Baumgartner, Hünibach

    Heinz Brecht, Wattwil

    Edi Bucher, Oberburg

    Harry Büchler, Thalwil

    Roc Collenberg, Domat/Ems

    Fritz Dummermuth,
    Hochdorf

    Andrea Engel, Salzbourg

    Andreas Enzler, Rhäzüns

    Toni Enzler, Zizers

    Ruedi Gantenbein, Altstätten

    Ermanno Genasci, Gudo

    Regina Gorza, Olten

    Alois Hafner, Zizers

    Linda Hornisberger, Belp

    Paul Hugentobler, Bauma

    Peter Huwyler, Jegenstorf

    Jeremias Janki, Davos Dorf

    Reimar Juchli, Brüttisellen

    Elias Kalt, Rhäzüns

    Ewald Keller, Effretikon

    Peter Kradolfer, Innerberg

    Romaine Kuonen, Berne

    Rosmarie Lang, Berne

     

     

    Elio Manghera, S. Pietro di Stabio

    Bruno Maurer, Reussbühl

    Urs Ochsenbein, Zurich

    Georges Pellet, Grand-Saconnex

    Charles Raedersdorf, Köniz

    Kilian Schnyder, Naters

    Fritz Schöni, Saint-Gall

    Stefano Villa, Arzonico

    Margrit Zumkeller,
    Watt-Regendorf